Master Professionnel Métiers du Livre et de l'édition

Les métiers de la Bibliothèque

 

Le Master Professionnel Métiers du Livre et l’Édition » proposé par l’université Montpellier 3,  permet de former des professionnels opérationnels et compétents dans plusieurs domaines, notamment celui des bibliothèques.

Le monde des bibliothèques regroupe en son sein un grand nombre de métiers, tous aussi différents mais complémentaires les uns des autres à la diffusion du savoir. En effet, outre le métier de bibliothécaire, de magasinier, ou encore de conservateur, il semblerait que le bouleversement que provoque le numérique ait permis, non seulement, l’émergence de nouveau métiers ainsi que le renouvellement de ceux déjà existants.

Bouleversement auquel ont dû faire face les professionnels déjà en place ainsi qu’aux enseignants chargés de former de futurs professionnels.

Afin de rendre compte plus concrètement de tous ces changements, il me semblait plus efficace d’aller puiser mes informations directement à la source. C’est pourquoi je retranscris à présent une interview que j’ai faite de Mme Adeline Rege, lorsqu’elle était conservatrice à la bibliothèque universitaire de l’IUFM de Strasbourg.

 


 

Claire Chichportich : Quelle est votre situation actuelle ?

Adeline Rege : Je suis conservateur des bibliothèques, responsable du Département des Collections au Service Commun de la Documentation (SCD) de l’Université de Strasbourg.

C. C : Quel est votre parcours professionnel ?

Adeline Rege : Après avoir été reçue au concours de conservateur d’Etat des bibliothèques en 2001, j’ai intégré l’ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, située à Lyon, qui forme les conservateurs de bibliothèques) en janvier 2002. J’ai obtenu mon Diplôme de Conservateur de Bibliothèque après dix-huit mois de formation en juin 2003 et j’ai été nommée conservateur à la Bibliothèque de Caen. J’y ai travaillé en tant que chef du service bibliothèques de quartier/réseau jeunesse jusqu’au 31 décembre 2007. Après une année de congé formation en 2008, j’ai rejoint le Service Commun de la Documentation (SCD) de l’Université de Strasbourg en 2009, d’abord comme responsable des médiathèques de l’IUFM d’Alsace, et depuis septembre 2011 comme responsable du Département des Collections.

C.C : Comment en êtes-vous venue à ce métier ? Pourquoi l’avoir choisi ?

A.R : J’ai toujours adoré, enfant, visiter les musées et les monuments et j’étais passionnée d’histoire. Comme j’ai toujours été une grande lectrice et que j’ai toujours beaucoup fréquenté les bibliothèques, j’ai longtemps hésité entre les musées, les archives et les bibliothèques.

J’ai effectué pendant mes études plusieurs stages en bibliothèque et en archives, et j’ai également travaillé l’été dans des bibliothèques ou comme guide dans une église. Ces expériences m’ont permis de faire mon choix. J’ai alors découvert la grande variété des bibliothèques (bibliothèque de recherche, universitaire, municipale….) et la multitude de facettes du métier de bibliothécaire.

Un conservateur peut, au cours de sa carrière, s’occuper d’informatique, de documentation électronique, de livres pour la jeunesse, de manuscrits médiévaux, de la publication des thèses, de la formation des lecteurs à la recherche documentaire, d’acheter de la documentation en médecine etc. C’est cette variété, qui représente autant de perspectives d’évolution professionnelle qui m’a attirée.

J’ai choisi d’être conservateur (et non bibliothécaire ou assistant, ce sont des grades différents) car c’est une fonction qui implique de mener de projets, de prendre des responsabilités et des décisions.

C.C : En quoi consiste le métier de bibliothécaire ?

A.R : Le métier est extrêmement diversifié selon la structure dans laquelle on travaille et le public qu’on dessert, et vit aujourd’hui de profondes mutations. Il y a encore 10 ou 20 ans, le métier consistait principalement à acquérir des documents, pour la plupart des imprimés (livres, revues…), à les cataloguer (entrer leurs références dans un catalogue afin que le lecteur puisse les trouver) et à les mettre à la disposition du public. Avec l’arrivée d’Internet et la dématérialisation de la documentation (cela veut simplement dire que les documents sur papier sont devenus minoritaires, et que la documentation est de plus en plus publiée sous forme électronique, sur Internet, dans des bases de données, etc), le métier a changé.

Je dirais que le rôle du bibliothécaire est d’acquérir (acheter, louer…) de la documentation, et de l’organiser (sous des formes multiples : prévoir des outils informatiques pour consulter des documents en ligne, créer un catalogue ou des bases de données pour permettre au lecteur de trouver l’information qui cherche, présenter les collections dans l’espace de la bibliothèque, mettre en place des services de prêt, à distance ou sur place, et de consultation performants etc.) afin d’assurer au public un accès durable à cette documentation. Il faut prendre en compte le fait que le public s’est fortement diversifié, tout le monde vient à la bibliothèque, y compris des personnes qui ne savent pas se servir d’un ordinateur ou qui sont perdus dans un grand bâtiment. Le public est désormais au coeur du métier. Il s’agit de s’interroger sur les besoins et les attentes du public (ou des publics), et de faire en sorte d’y répondre, dans la mesure du possible.

Pour résumer, le bibliothécaire est un médiateur, un intermédiaire, entre le lecteur et une masse considérable de documentation et d’informations, et doit tout mettre en oeuvre, afin que le lecteur trouve l’information qu’il cherche, voire  trouve ce qu’il ne cherchait pas.

C .C : Quelles sont vos actions au quotidien ?

A.R : Comme je dirige un département transversal, je travaille avec les 28 bibliothèques du SCD, et avec les autres départements transversaux tels que le département des services aux publics et le département du système d’information documentaire. Je suis également en relation avec la Direction Informatique de l’Université, avec la Direction de la Recherche… Mon rôle est de piloter le projet de politique documentaire du SCD, pour tous les types de documents (papier, électronique, documentation courante, documentation patrimoniale), de l’acquisition de la documentation à sa conservation et à sa valorisation, en passant bien sûr par son traitement documentaire (catalogage, signalement des ressources électroniques) et sa mise à la disposition du public. Au quotidien, en ce moment par exemple, je travaille sur la mise en ligne des mémoires de master : je rencontre les équipes des bibliothèques et les équipes des composantes de l’université, j’élabore les grilles de saisie des métadonnées (pour le catalogage), j’informe les étudiants… Je travaille aussi beaucoup aux renouvellements de nos abonnements électroniques pour 2013 : avec mon équipe, nous analysons les différentes ressources et leurs statistiques d’utilisation pour comprendre si elles répondent aux besoins de nos utilisateurs, nous demandons les devis pour 2013, nous faisons des propositions de nouvelles acquisitions.

C.C : Selon vous, le métier a-t-il évolué ?

A.R : Je ne parlerai que de ce que je connais, c’est-à-dire les bibliothèques universitaires. Depuis ma sortie de l’ENSSIB (Ecole Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques) en 2003, je trouve que le métier a considérablement évolué. Le contexte institutionnel a profondément changé avec l’autonomie des universités, la loi LRU, la fin des budgets fléchés pour les SCD…Dans le contexte de la compétition entre les universités, les bibliothécaires peuvent être sollicités par leur établissement pour fournir des indicateurs, notamment dans le domaine de la recherche (nombre de publications de niveau recherche dans tel domaine…), servant à appuyer les projets de l’Université.

En parallèle, et cela s’accentue en cette période de restrictions budgétaires, les SCD doivent davantage justifier leurs actions et leur politique, là aussi bien souvent au moyen d’indicateurs.

Par ailleurs, depuis dix ans, l’électronique a bouleversé la documentation, d’abord en sciences, techniques et santé, et aujourd’hui en sciences humaines et sociales. Dans certains domaines, tels que les sciences de la santé, les revues électroniques ont presque entièrement remplacé les revues papier. A titre d’exemple, les ¾ du budget d’acquisitions du SCD de Strasbourg pour 2012 sont consacrés à la documentation électronique alors que je n’ai quasiment jamais entendu parler de l’électronique durant ma formation de conservateur.

 C.C : Pensez-vous que le monde des bibliothèques ait encore de la place à offrir à de jeunes étudiants se formant aux métiers qui le compose ? Quel doit-être le profil de ces nouveaux arrivants ?

A.R : Oui, bien sûr ! Les métiers des bibliothèques sont extrêmement variés : même au sein d’un même établissement, par exemple d’un même SCD, le métier de bibliothécaire recouvre des fonctions très diverses. Il est possible de se consacrer au service public, à la formation des usagers à la recherche documentaire, aux acquisitions de livres ou de revues papier, au catalogage et au signalement des collections, à la documentation électronique, à la numérisation et la conservation des fonds anciens et précieux, aux thèses électroniques, à l’informatique documentaire… Il est donc possible d’évoluer professionnellement en ayant des postes très différents les uns des autres. Il est aussi possible de travailler dans le domaine de la lecture publique, en bibliothèque municipale par exemple. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai commencé ma carrière. Je pense donc que chacun peut trouver un poste qui lui plaît.

Étant donné la variété des métiers des bibliothèques, il est difficile de définir un profil type du nouvel arrivant. Les bibliothèques ont au contraire besoin d’une grande diversité de profils : il ne suffit pas d’aimer lire, et il n’est pas obligatoire d’être un littéraire pour travailler en bibliothèque ! Nous avons par exemple besoin de scientifiques, notamment dans les bibliothèques universitaires, de personnes ayant des compétences en statistiques, etc. L’essentiel est d’être curieux et ouvert d’esprit.

 C.C : L‘intrusion de l’informatique n’ayant pas épargné le monde des bibliothèques, pensez-vous que cela puisse lui être bénéfique ? Quels sont les enjeux d’un tel bouleversement technologique ? Comment y faire face ?

A.R : Les bibliothèques travaillent avec l’informatique depuis très longtemps, depuis près de 30 ans. Nous avons des collègues, bibliothécaires ou informaticiens, qui sont spécialisés en informatique documentaire. Une bibliothèque ne peut pas fonctionner sans l’informatique, ne serait-ce que pour mettre son catalogue à disposition du public. Quant aux bibliothécaires, ils ne peuvent pas travailler sans informatique. Je pense que les technologies de l’Internet sont une chance pour les bibliothèques, et non une menace, dans la mesure où elles permettent de s’ouvrir, d’offrir de nouveaux services à nos usagers (services de renseignement à distance, outils de gestion de bibliographies…), et de mettre plus facilement la documentation à leur disposition (documentation électronique accessible à distance 24h/24, documents anciens numérisés…). Face à ce foisonnement d’information disponible sur Internet, l’étudiant peut s’appuyer sur le bibliothécaire pour s’y retrouver.

L’enjeu n’est pas de transformer les bibliothécaires en informaticiens, mais que les bibliothécaires et les informaticiens spécialisés puissent travailler en étroite collaboration. Or, nous manquons souvent d’informaticiens spécialisés en informatique documentaire. Il est également important de pouvoir suivre l’évolution des technologies de l’Internet et d’avoir les moyens techniques, humains, financiers, de les adopter rapidement en bibliothèque. De nombreuses bibliothèques utilisent par exemple Facebook pour communiquer avec leurs utilisateurs.

Le principal enjeu pour les bibliothécaires est, à mon avis, de tordre le cou à l’idée préconçue selon laquelle, depuis l’arrivée d’Internet, l’on n’a plus besoin des bibliothèques. Or, les étudiants, s’ils utilisent peut-être moins nos livres pour leurs recherches, ont toujours besoin d’un lieu de travail calme, et ils utilisent les revues, les bases de données et les livres électroniques, y compris de chez eux. Ces services, parmi d’autres, qui sont indispensables aux études, sont offerts par la bibliothèque.

 


 

À travers cette interview, que je remercie Mme Rege de m’avoir accordée,  nous avons pu voir que l’acquisition de connaissance dans le domaine informatique était très importante. Bien que Mme Rege ait choisi de passer par l’ENSSIB, il existe d’autres moyens pour entrer dans le monde des bibliothèques. En effet, le master professionnel Métiers du Livre et de l’Édition que propose l’Université Montpellier 3 permettra d’acquérir toutes les compétences techniques ainsi que théoriques que demande un tel métier, qui, comme l’a souligné Mme Rege, ne cesse d’évoluer. Ce master semble être, non seulement, un bon compromis entre université et grandes écoles, mais aussi une formation qui ne se retrouve pas ailleurs.

 

Claire Chichportich

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