Master Professionnel Métiers du Livre et de l'édition

Articles 2015/2016

 

 

 

 

Rencontre avec Éric-Emmanuel Schmitt

 

 

Ce mardi 29 septembre 2015, l'auditorium de la médiathèque Émile Zola de Montpellier, ainsi que son café aménagé pour l'occasion, est comble. Étudiants, professeurs, admirateurs se sont pressés pour apercevoir l'auteur d'Ulysse from Bagdad, de La Part de l'autre ou encore d'Oscar et la dame rose. Il vient présenter son nouveau livre La Nuit de feu paru chez Albin Michel.

« Cet événement intime est dans l'intimité de chacun ». Ainsi justifie-t-il l'écriture de ce roman, le premier rédigé à la première personne. Cet événement c'est l'expérience spirituelle qu'il a vécu, à 28 ans, alors qu'il était parti en randonné au Sahara sur les traces de Charles de Foucauld pour réaliser un film. Perdu dans le désert, protégé du vent et du froid par des roches, il devient ce qu'il nomme un « agnostique-croyant », il a trouvé sa façon « d'habiter le mystère ». Lui qui se disait athée, qui recherchait toujours la logique dans toute chose a appris à « appréhender le mystère avec confiance », et à ne plus être effrayé par son ignorance. Jamais il n'affirme qu'il a rencontré Dieu. Si on lui pose la question de savoir s'Il existe, il répond inlassablement « je ne sais pas, mais je crois que oui ». Lorsque l'on commence à dire « je sais » dit-il, là apparaît le danger, du dogme, de l'extrémisme. Un fanatique définit-il est « celui qui ne reconnaît pas la fragilité de la pensée ». 

Il ajoute que cette entrée dans le désert coïncide avec une période charnière dans sa vie. Diplômé de l’École Normale de la rue d'Ulm, enseignant en philosophie, il avait un avait un avenir brillant devant lui, mais était-ce sa vie ? « Quelque part mon vrai visage m'attend », une simple phrase venue à lui, comme une prophétie qui se réalise. Ensablé au pied du mont Tahat, préparé à une nuit d'horreur, il vit sa révélation, sa seconde naissance. En acceptant de se perdre, de se dépouiller, il s'est retrouvé. 

Dans La Nuit de feu, les personnages cristallisent des questions. Alors que tout le groupe admire la foi du touareg qui les accompagne, et son respect des prières, Ségolène -la catho du groupe- se demande si, comme lui, elle décidait de montrer son engagement spirituel, des moqueries ne viendraient pas se faire entendre. A t-on un respect relatif des religions ? Admirent-ils le touareg car cela fait couleur locale ? Quant à Thomas le géologue du groupe, qui se plaît à expliquer la théorie du Big Bang au reste du groupe, l'auteur s'interroge. Thomas explique la création du monde comme on la conçoit au XXI ème siècle, mais quelques siècles plus tôt, il aurait exposé la thèse de Copernic ou de Galilée. Le relativisme de la science peut-il véritablement décrire l'univers ? 

Enfin, Éric-Emmanuel Schimtt commente la présence du champ lexical du physique dans son oeuvre. Il a prit le parti d'écrire avec le langage du physique car l'expérience du désert est éprouvante. Son corps l'a accompagné dans sa rédaction. Il affirme que lorsqu'il écrivait son périple, son corps se souvenait des contractions, des douleurs. Il ne pouvait écrire avec un langage différent car le physique sait dire l'indicible. Il s'associe alors à la tradition de l'écriture féminine et religieuse. Les femmes parlent de Dieu comme s'il s'agissait d'un amant, résume-t-il, il semble alors que pour l'écrivain même la métaphysique est physique. 

 

 

Lucie Leturcq Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition


 

Dansons avec les livres  

 

Le 27 septembre 2015

Ce dimanche a eu lieu le salon « Danse avec les livres » au parc Rimbaud, dans le quartier des Aubes à Montpellier. Cette manifestation organisée par la Maison pour tous George Sand avait pour ambition de faire découvrir au grand public des artistes en tout genre : peintres, écrivains, conteurs, dessinateurs. Certains endossent même plusieurs casquettes.

Monique Mary Ihry s'adonne par exemple à l'écriture mais aussi à la peinture, ce qui lui permet notamment de réaliser les couvertures de ses propres romans. On ne peut que tomber amoureux de cette artiste singulière qui fait de ses propres expériences de petites pépites littéraires. Le quotidien s'impose comme source majeure d'inspiration. Son roman Mythomania sur le net pour n'en citer qu'un), met en scène la recherche de l'amour sur les sites de rencontres. Aujourd'hui, tout le monde se sent plus ou moins concerné par ce phénomène devenu banal, comme une rencontre dans une boîte de nuit (pour ne citer qu'elle).

Bien évidemment d'autres artistes étaient présents tous plus talentueux les uns que les autres. Il y en avait pour tous les goûts et pour tous les âges. Des ateliers pour les enfants, des lectures pour tous (paisiblement installé dans un transat), des conférences, des minis concerts, des expositions. Un panel d'activités qui permet d'enrichir culturellement un dimanche ensoleillé, dans une ambiance conviviale.

 Entre autre, les membres de la Maison pour tous George Sand nous ont permis de découvrir, l'écriture automatique, par le biais de lectures. Ces écrits ont été réalisés par les membres de leur atelier d'écriture qui ouvre de nouveau ses portes le mercredi 30 septembre 2015, de 17h à 19h, toujours à la Maison pour Tous George Sand. À bon entendeur ! 

Typhaine Gilles Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition

 


 

Insomnia

 

source: http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/insomnia

Kenji compagnie

Du hip-hop au théâtre ?!… Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. Mercredi 30 septembre je me suis donc rendue au théâtre Jean Vilar.

Insomnia est la première réalisation montpelliéraine du chorégraphe Cédric Saïdou, plus connu sous le nom de « Kenji ». Il a d’abord travaillé avec des danseurs contemporains et des comédiens avant de réaliser, en 2006, son premier spectacle en tant que chorégraphe. Sa création est soutenue par la Direction Régionale des affaires culturelles (DRAC) et le Réseau Hip-Hop Languedoc-Roussillon.

Sur scène : deux danseurs et un décor minimaliste. Insomnia nous plonge au cœur d’une longue quête du sommeil. Entre faux espoirs et vaines tentatives, les corps luttent, se cherchent et se mêlent. La musique, à la fois envoûtante et dérangeante, rythme les différentes phases de cette interminable nuit. Kenji traite ici avec tendresse d’un sujet universel, transposant ainsi la danse de rue dans l’univers de la subtilité. Ce qui est sûr, c’est qu’après ces trois quarts d’heure d’efforts intensifs, les deux artistes ne doivent pas souffrir d’insomnies !

Un petit aperçu par ici !

Laura Moyon Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition


 

Hazo

 

 Source: https://arterossa.wordpress.com

Le vendredi 2 octobre a eu lieu à la galerie Arterossa l’exposition « Le Moulin à papier » de l’artiste plasticien et graffeur Hazo.

Ce qui marque au premier abord dans la galerie, c’est la présence de l’humanoïde en carton-pâte. L’artiste se met en scène sous la forme d’une sorte de démon masqué, au visage rouge affublé de plumes multicolores et d’habits tout aussi colorés.

L’artiste nous dévoile donc d’emblée un monde de couleurs, de monstruosité et d’étonnement, à l’image de ses œuvres.

Bien qu’il soit légèrement effrayant, l’on découvre un personnage en réalité avenant, étonné de voir autant d’affluence pour son vernissage. Avec un contact facile, il n’hésite pas à recueillir les impressions des visiteurs venus découvrir son travail, quel que soit leur âge.

En effet, ses gravures-sérigraphies balayent un public très large. Les enfants sont attirés par les couleurs, les formes drôles, rappelant les dessins animés. Quant aux adultes, ils sont marqués par le contraste entre finesse et désordre, de même que par l’univers cauchemardesque des toiles de l’artiste. Des thèmes récurrents se distinguent parmi elles, comme une critique de la société, le mélange entre vie et mort, entre évolution et régression, entre le drôle, le clownesque et le sérieux du sujet.

Hazo apprécie particulièrement de travailler sur des nuances de couleur, des monochromes. Pour lui, il s’agit de l’expression de notre monde à travers le prisme de nos différences.

Bien que ses œuvres appellent à une critique de la société contemporaine, le support même de son expression entre en conflit avec ce constat. La sérigraphie, le tableau, est un support fixe, fait pour être accroché au mur, entrant donc en contradiction avec le sujet exposé. 

Les formes et les personnages mis en scène à travers les œuvres de l'artiste semblent désacraliser la mort et l'influence de la société par le biais de l’absurde et du jeu : elles paraissent tout droit sorti d’un monde onirique, d’un imaginaire enfantin.

Les peurs et les angoisses sont mises en image de façon à les ancrer dans le réel, à les rendre tangibles – par le biais les clichés du loup, du vide, du crâne, de la couleur noire et d’une certaine claustrophobie –, elles sont plus que jamais proches de nous 

Cet univers, à la fois drôle et inquiétant, permet non seulement de poser un autre regard sur nos incertitudes, de pouvoir mettre au jour nos appréhensions d’hier et d’aujourd’hui ; mais également de les appréhender par un jeu de nuances, de couleurs vives qui contrastent avec le sentiment initial d’oppression, ce qui permet une véritable prise de recul face à nos peurs.

 

Marine Delos et Emmanuelle Luce Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition


 

Jakob Tuggener. Fabrik :

une épopée industrielle 1933-1953

 

 

Cette exposition présente des photographies de Jakob Tuggener et son inclination pour les usines, ou plutôt pour la vie particulière qui les anime. Les photos sont tirées pour la plupart du journal de la MFO (Atelier de construction mécanique Oerlikon), pour lequel Tuggener a travaillé comme photographe indépendant, et de son livre de photographies le plus connu, Fabrik, publié en 1943.

Les clichés sont surprenants à plus d'un titre. Boulons, rouages, cheminées : voilà de la mécanique froide que l'on n'imaginerait pas avoir pour muse. Pourtant, le noir et blanc sublime et les cadrages inattendus mettent au jour toutes les surprises que ces lieux recèlent – si bien que parfois, sans le titre du cliché, nous ne pourrions reconnaître la nature exacte de ce que nous avons devant nous. De focus sur des machines, l'on passe sans transition à des vues larges de tout un mur ou une salle de réunion animée, tout cela égrené de portraits individuels et saisissants des ouvriers de l'usine. L'œil du photographe déniche pour nous la beauté là où on ne l'attend pas.

Cette qualité artistique est relayée par une portée que l'on pourrait aller jusqu'à qualifier d'anthropologique. En effet, si ces clichés en noir et blanc mettent souvent à l'honneur la mécanique – exception faite de ceux des ouvriers, vivants au point que l'on devine, à travers les traces de sueurs sur leurs fronts, la difficulté du travail – ils sont loin de n'être que de jolies photos de pièces inanimées. Ces clichés convoquent au contraire sous nos yeux toute l'ambiance et la vie propres à l'usine. Chacun d'eux est un éclat d'instant arraché à un tout que l'exposition arrive à ressusciter. En déambulant au milieu de ces photographies, nous entrons dans un autre monde, celui de l'ouvrier. On entend presque les sirènes hurler, le bruit des machines, les pas sur les marches, la voix du contremaître qui porte. Que ce soit la présence d'un paquet de cigarettes oublié au milieu d'outils ou le gros plan sur des munitions au creux d'une main noircie, l'humain transparaît toujours entre ces murs que l'on croyait froids.

Mais cette œuvre admirable est loin de célébrer "l'épopée industrielle". Pendant la Seconde Guerre mondiale, les manufactures en Suisse ont fabriqué à la chaîne, et en toute impunité, nombre d'armements. Ce côté effroyable que peut avoir le travail en usine – des hommes préparant en grande quantité de quoi en tuer d'autres, ailleurs – est également convié par ce travail. Par son silence derrière l'objectif et ce noir et blanc pudique, Tuggener ne fait rien pour nous livrer une réalité autre, il semble nous indiquer qu'il se contente de nous présenter ce monde tel qu'il est vraiment. En nous poussant ainsi à y entrer sincèrement, à imaginer ce qu'a pu être la vie de ces ouvriers et ouvrières, il nous amène à nous impliquer émotionnellement. L'horreur froide de la production de masse nous apparaît alors, sans doute plus nettement que si nous avions eu à faire à une dénonciation affirmée.

À la vue de ces photographies, même une néophyte comme moi comprend aisément pourquoi le travail de Jakob Tuggener a durablement marqué l'histoire de la photographie, et en quoi il a pu être un modèle pour "nombre de jeunes photographes se réclamant de la photographie subjective", comme nous l'explique Martin Gasser dans le texte qui accompagne l'exposition.

 

Elsa Magescas Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition


 

Monsieur de Pourceaugnac au théâtre Jean Vilar

 

Source : http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/m-de-pourceaugnac

 Source image : http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/m-de-pourceaugnac

Représentation du 8 octobre 2015 au théâtre Jean Vilar de Montpellier

C’est l’histoire d’une jeune femme, Julie, amoureuse d’Éraste mais promise à Monsieur de Pourceaugnac par son père ; ou plutôt, c’est l’histoire du sabotage d’un mariage par la future mariée et son amant, aidés par une troupe de vauriens chaleureux motivés par l’appât du gain. Ces derniers vont entraîner Monsieur de Pouceaugnac dans une avalanches de situations loufoques et improbables qui auront pour but de le faire fuir ainsi que d’annuler le mariage de Julie et desquelles celui-ci n’arrivera pas à se dépêtrer.

Prenez des personnages plurilingues hauts en couleur ; ajoutez un soupçon de situations burlesques et farfelues. Assaisonnez le tout de danse, de chant et de musique, et vous obtiendrez une mise en scène génialissime jouée par les comédiens-chanteurs de la compagnie de l’Astrolabe pour une heure et demie de purs fou rires. Le metteur en scène, Sébastien Lagord, nous offre une version optimiste et déjantée de cette pièce de Molière, entre comédie musicale et pièce de théâtre traditionnelle.

Si vous voulez en savoir plus sur la compagnie de l’Astrolabe
Si vous avez envie de voir un extrait de la pièce: C'est par ici !

Manon Stoeckel Master 1 Métiers du Livre et de l'Edition


 

Victoria Alessandri - Illustratrice freelance 

 

Très jolie illustration de Victoria Alessandri 



Fonctions : Illustratrice freelance, dans le jeu vidéo, le livre, le cinéma…
Tâches : Travailler quotidiennement au perfectionnement de ses illustrations, faire sa propre publicité à partir de son book, gérer les réseaux sociaux et la communication pour promouvoir son travail.
Parcours : Après un baccalauréat littéraire option arts-plastiques, une formation à LISAA (L'institut Supérieur des Arts Appliqués).
Les plus : Beaucoup d’autonomie, travailler de sa passion, pouvoir voyager, rencontrer énormément de personnes.
Les moins : Ne pas être prise au sérieux, il n’y a pas forcément un salaire fixe, il faut toujours rechercher de nouveaux partenaires.

 

 

 

 

 

 

 

Où la retrouver ?

Facebook
Son blog

 

À 25 ans, te voilà illustratrice freelance. Comment en es-tu arrivée là ?

J'ai toujours aimé dessiner, depuis que je suis toute petite. Ce n'est que vers le collège que j'ai envisagé une carrière dans le dessin. Au lycée j'ai commencé à faire des petites BD, l'une d'elle était publiée dans le journal du lycée et j'ai participé au festival de la BD de Sens en tant que « jeune pousse. » J'en étais très fière et ça n'a fait que me conforter dans l'idée que je voulais travailler dans le dessin !

Après le lycée je suis partie à Paris, j'ai fait une prépa d'art générale pendant un an pour ensuite m'orienter vers le cinéma d'animation. J'ai poursuivi mon cursus à L’institut Supérieur des Arts Appliqués (LISAA) dans le pôle animation / jeux vidéo pendant quatre ans. Très vite j'ai été attirée par le concept art et tout ce qui se rapportait à la création d'ambiances colorées, de décors et de personnages.

Après LISAA j'ai voulu m'échapper un peu de Paris et tenter quelque chose à l'étranger, voir les possibilités qui s'offraient à moi. Je suis donc partie à Rome pendant un an car j'y ai de la famille et j'ai trouvé du travail dans une petite boîte de jeux vidéo qui était en train de développer un jeu en pixel art. J'ai choisi le statut de freelance pour pouvoir aussi travailler à distance que ce soit avec la France ou d'autres pays. En août dernier je suis rentrée en France et j'ai commencé à trouver de manière plus régulière des petites missions que ce soit pour des tableaux, des logos… ce qui ne m'empêchait pas de continuer à travailler sur des illustrations personnelles que je publie régulièrement sur mon site et ma page facebook. 

Ta formation te situe plutôt dans le domaine du jeu vidéo et du dessin animé, mais as-tu déjà produit un travail dans le monde du livre ?

Plus jeune j'ai participé au festival de BD de Sens mais je n'ai pas eu l'occasion encore de travailler sur un projet concret de livre. J'ai quelques petits scénarios écrit dans un carnet que je garde bien au chaud pour pouvoir les ressortir au moment opportun. J'ai aussi une héroïne de BD qui s'appelle Vulgaria, j'ai récemment dessiné les premières planches et je commence à « tâter » les différentes réactions des lecteurs. Le jeu vidéo, l'animation et le livre sont tous les trois de merveilleux moyens de raconter une histoire, j'aimerais avoir l'occasion d'expérimenter les trois (voire d'autres que je ne connais pas encore) !

Si l’on te demandait de choisir une catégorie concernant l’illustration et les livres, laquelle aurait ta préférence et pourquoi ? (Livres pour enfant, BD, illustration d’un recueil de poèmes, etc)

Je suis très attirée par tout ce qui est poétique et onirique, l'univers de Joan Sfar par exemple me plait énormément. Les livres pour enfant également parce que j'y vois des possibilités de styles graphiques et d'expérimentations infinies. Le fait de pouvoir me « lâcher » totalement ou de travailler en dehors de ma zone de confort est très stimulant car je pense que c'est ainsi qu'on évolue en tant qu'artiste et qu'on apprend de nouvelles choses. Paradoxalement le personnage dont je parlais précédemment, Vulgaria, n'est pas du tout poétique mais comme son nom l'indique, plutôt vulgaire et assez déjantée. Je suis assez fan d'une BD qui s'appelle Georges Clooney, de Philippe Valette (éditions Delcourt) et qui est purement dans l'absurde, le vulgaire et l'humour. Je suis donc attirée par des choses très différentes mais c'est vrai que spontanément je choisirai de travailler sur des projets plutôt poétiques.


J’imagine que pour chaque projet, c’est un nouveau rythme de travail qui est mis en place. Quelle est la journée type lorsqu’un projet est en cours ? 

Cela dépend du projet, des délais qu'on a pour le faire. À l'école, on travaillait en groupe sur des courts métrages que l'on réalisait en plusieurs mois. Généralement le matin on se réunissait pour définir ce que chacun avait à faire pendant la journée, on se mettait ensuite au boulot et on regardait le travail effectué par chacun avant de quitter l'école. Puis en rentrant chez nous, la plupart du temps on continuait à dessiner. Quand je travaillais à Rome c'était à peu près la même chose. En freelance, quand je travaille pour des particuliers, c'est différent. J'alterne les heures de travail et les échanges de mails avec les clients pour avoir des retours sur ce que je dois leur rendre et répondre à leurs attentes. Généralement les journées sont longues mais c'est agréable de pouvoir travailler chez soi. L'ambiance « boîte » est donc très différente de l'ambiance « travail chez soi » mais elles présentent toutes deux de beaux avantages.

Et lorsque tu n’as pas de production en partenariat avec un professionnel, quel est ton quotidien ?

Dans ces périodes, je dédie mes journées à envoyer des mails à des boites d'animation, de jeux vidéo ou de communication. C'est assez long car pour chaque mail il faut fournir une lettre de motivation (qui explique pourquoi on a choisi cette boîte), un CV et un lien vers son book. Puis le soir je me réserve quelques heures pour dessiner et étoffer mon book. Je pense que c'est très important de mettre régulièrement à jour son travail et montrer de nouvelles choses. Ça permet de montrer aussi qu'on est capable de travailler sur des choses différentes et qu'on sait évoluer. 

En ce moment je suis en pleine recherche de travail, je recherche un poste de concept artist/illustratirce dans une boite mais pas forcément en freelance, j'aimerais trouver un contrat un peu plus long en intermittent. Récemment, je me suis aussi mise à réaliser des bannières pour des youtubers, ça permet de gagner un peu d'argent et ce qui m'est demandé de dessiner est assez intéressant. Ça reste de petits travaux à faire en un ou deux jours, mais ça me permet de pouvoir travailler toujours dans le domaine qui me passionne !

Tes illustrations nous plongent dans un univers très bucolique, poétique, aux couleurs douces et où les camaïeux ont une importance particulière. Quels sont tes modèles, tes inspirations ?

Je suis contente que c'est ce qui ressorte de mon travail, merci beaucoup !

C'est assez drôle, parce que quand je repense à il y a cinq ans, je travaillais presque, exclusivement en noir et blanc. Quand j'étais au lycée j'adorais Tim Burton comme beaucoup d'ados, sans forcément me rendre compte qu'il y'avait énormément de références derrière ses œuvres. C'était le côté un peu « dark » mais à la fois poétique qui me plaisait. Je pense qu'avant d'apprendre à travailler la couleur et apprendre à dessiner, la chose fondamentale c'est d'éduquer son œil. Être entourée de gens qui partagent la même passion que moi et échanger avec eux m'a beaucoup apporté. Ce qui était très chouette à LISAA, c'est qu'on parlait continuellement d'art, de films d'animation, de jeux, d'illustrateurs, certains ramenaient des artbook, des films… J'avais l'impression de tremper dans un bain de couleurs, en permanence. Je me suis inspirée d'autant de choses que possible et me suis découverte une réelle passion pour la couleur et la lumière. J'ai découvert des artistes comme Goro Fujita, un concept artist très connu, ou encore Loish. C'est une super illustratrice qui travaille aussi beaucoup pour l'animation. Comme moi, elle dessine beaucoup de femmes et j'adore de manière générale les couleurs de ses illustrations. J'ai été très influencée par les colorscript de Pixar qui sont juste incroyables mais également par des choses beaucoup plus classiques comme William Bouguereau, John Collier et Anders Zorn. C'est très important pour moi de voir des œuvres différentes et de comprendre pourquoi elles me plaisent, pour pouvoir ensuite retranscrire à travers mon boulot cette émotion. Je trouve mes inspirations de couleurs et de lumière aussi dans la prise de vue réelle, dans des films de Wes Anderson ou des séries comme Utopia ou True Detective. J'aime aussi beaucoup le surréalisme et jouer avec la frontière qu'il y a entre le figuratif et l'abstrait. J'ai eu un professeur d'environnement graphique super, Erwann Brun, je pense que sans m'en apercevoir il m'a assez influencé. Il m'a beaucoup appris en couleur et en dessin et son travail est vraiment très intéressant.

Quel serait à tes yeux le projet idéal d’illustration ?

Je pense qu'à partir du moment où l'histoire est bonne et accroche, l'imagination de l'illustrateur ne peut que suivre. J'aimerais bien travailler sur une histoire très poétique et onirique, que ce soit destiné à des lecteurs jeunes ou plus âgés.

Aussi, on voit de plus en plus d'œuvres interactives naître, que ce soit du jeu vidéo ou du cinéma. De plus en plus, le spectateur interagi avec l'œuvre et ça donne une toute nouvelle dimension à l'histoire. J'ai joué récemment à des jeux comme The Walking Dead (de Teltale games) ou Beyond two souls (de Quantic dream). Dans ces jeux, le joueur est amené à prendre des décisions qui vont influencer tout le reste de l'histoire, le joueur est complètement impliqué émotionnellement. Je pense que dans un avenir proche il sera possible d'avoir une très large palette d'interactions possibles avec un livre. C'est sur ce genre de projet que je rêve de travailler. Bon, dit comme ça j'ai l'air d'une illuminée et ça relève de la science-fiction, j'en ai conscience. Mais les manières de raconter des histoires sont infinies et les nouvelles technologies ne cessent de les enrichir.

Comment envisages-tu l’avenir dans 1 an, 5 ans, 10 ans ?

Dans un an j'espère que j'aurais eu l'occasion de réaliser des illustrations pour des livres, pour de l'animation ou du jeu vidéo, je ne me ferme aucune porte ! Comme beaucoup de jeunes illustrateurs, c'est parfois très difficile de vivre de mon métier. Il m'est arrivé que je sois contactée pour réaliser des illustrations à titre gratuit ou pour un salaire indécent. Beaucoup trop de gens encore estiment que le dessin est une passion et non un métier, que savoir dessiner est un don et non le travail de toute une vie. Au début ça me décourageait, mais on apprend à répondre et si on a la patience, on explique que c'est un travail comme un autre et qu'il mérite d'être considéré comme tel. Donc j'ai le petit espoir que les mentalités changeront avec le temps mais c'est un réel combat que chaque dessinateur doit prendre à cœur.

Dans cinq ans j'espère que je vivrais pour de bon de mon métier ! Pas de grande maison ou de voiture de luxe mais au moins de quoi vivre (bon si j'ai une super voiture et une grande maison je ne cracherai pas dessus). Je préfère continuer à dessiner et gagner modestement ma vie plutôt que de faire un autre métier et être riche. J'espère que de beaux projets auront vu le jour et que les scénarios de mes petits carnets auront pris vie ! Peut-être que la première BD de Vulgaria aura vu le jour, qui sait ? J'espère voyager beaucoup pour continuer à m'inspirer de nouvelles choses.

Dans dix ans j'espère être une grande illustratrice très riche ! Plus sérieusement c'est difficile de se projeter dans dix ans parce que, comme je le disais précédemment, les nouvelles technologies vont probablement nous permettre de raconter différemment les histoires et certainement créer de nouveaux métiers dans le dessin, ce qui est plutôt enthousiasmant ! En tout cas, tant que je pourrai dessiner et raconter des histoires je serai heureuse !

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes voulant devenir illustrateurs dans le domaine du livre ?

Je pense que peu importe l'école que l'on fait et le niveau qu'on a, l'important est de travailler et de toujours remettre en question son travail. Je n'étais vraiment pas une bonne dessinatrice en entrant à l'école, quand je regarde mes travaux d'il y a deux ans je suis un peu gênée et en même temps ça me fait rire. J'ai donc énormément travaillé sur la morphologie, qu'elle soit humaine ou animale. Cela m'a permis non seulement de progresser mais aussi de pouvoir créer plus librement. Et faut dire que j'ai eu quand même de très bons professeurs, comme Michel Lauricella et Magali Cazot et ça, ça aide beaucoup ! Comme entraînement complet ce que je recommande, c'est de mettre en scène des personnages dans des décors, avec des expressions, des postures et des couleurs variées. Même des personnages connus, comme le Petit Chaperon Rouge, ce qui compte c'est de pouvoir raconter quelque chose avec ses dessins. Il faut aussi s'inspirer d'un maximum de choses différentes, toujours travailler avec des références visuelles. Tout ceci permet d'enrichir son style et c'est ça qui permettra de se différencier parmi tant d'illustrateurs. Les contacts sont aussi très importants et il est nécessaire de se créer un réseau dès que possible.

 

 Propos recueillis par Emmanuelle Luce