Master Professionnel Métiers du Livre et de l'édition

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"Bacon & Nauman : Face à Face", dérangeant mais fascinant…

 

   À peine arrivé au musée Fabre, le spectateur est entraîné par les deux artistes, Francis Bacon et Bruce Nauman. Comme lorsqu'on ouvre une œuvre de Samuel Beckett, aussitôt, un sentiment de malaise nous envahit. On prend alors conscience que l'on va avoir affaire à un art qui dérange, un art qui dénonce.

   Pourtant, a priori, Francis Bacon et Bruce Nauman ne se ressemblent pas. Ils appartiennent à deux générations distinctes et leurs contextes artistiques diffèrent. L'un est un peintre anglais d'après-guerre, l'autre un artiste américain des années 60. Mais le spectateur comprend rapidement le thème qui les lie : celui de la question du langage et du corps dans l'espace. En effet, ces deux artistes considèrent l'Art comme une expérience, l'atelier comme un laboratoire.

   Le corps est alors souvent isolé, et placé au centre de leur réflexion, tel un objet expérimental. En prenant le temps de regarder, on réalise que les thèmes, les gestes et les sons se font répétitifs, perpétuels, voire cycliques. En émane une sensation de vertige, qui s'accentue à la vue des corps déformés de Francis Bacon.

   Plus on avance, plus on se laisse entraîner par cette approche existentialiste du corps et de la condition humaine. L'homme n'est qu'animalité, que violence ; il est enclin à faire souffrir. Cette souffrance se ressent à travers la morbidité des dispositifs : Bacon et ses corps à la posture difficile et inconfortable, ou Nauman et ses morceaux d'animaux écorchés mis en suspension. Pourquoi cacher l'aspect violent de cette exposition ? N'était-ce pas le message principal de nos artistes ?
La condition humaine n'est donc que représentation théâtrale, qu'ennui ; c'est Samuel Beckett qui le rappelle dans Oh ! Les beaux jours ! L'œuvre de Nauman, Lip Sync, nous le montre de manière assez claire : un homme qui répète, indéfiniment, le titre de l'œuvre. Le corps et le langage sont alors représentés dans un monde sans transcendance. Ils sont strictement matériels...

   Cette exposition est assez violente dans le sens où elle confronte le spectateur à l'absurdité et à la vanité de la vie. Nauman nous étourdit avec ses œuvres en suspension ou ses vidéos qui tournent en boucle... Les cris, la répétition des gestes nous plongent dans une réflexion morbide : la vie n'est qu'un éternel recommencement, infini, indéfini et tout ce qui nous forme est mécanique. Comme le dit Samuel Beckett dans Fin de Partie, « la fin est dans le commencement, et cependant on continue ».

   Finalement, ces deux artistes incontournables de la modernité bousculent le spectateur en le mettant face à la vanité de sa condition humaine et face à la violence qui l'accompagne perpétuellement. En sortant du musée Fabre, il se retrouve dans une position ambivalente : dérangé par tous les bruits et les motifs morbides, il est également fasciné par ce face à face unique.

 

Camille Vautrin Master 1 Métiers du livre et de l'édition

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