Master Professionnel Métiers du Livre et de l'édition

Interview de Thomas Andreux, scénariste au 48 Hours Film Project de Montpellier

     Le 48 Hours Film Project est une compétition de courts-métrages, qui, comme son nom l'indique, se déroule sur deux jours. Durant un week-end, les équipes de tournage inscrites doivent écrire, réaliser et monter un petit film d'une durée de 4 à 7 minutes. Pour ajouter à la difficulté, chaque film se voit imposer un personnage, un accessoire et une ligne de dialogue. De plus, le genre du court-métrage sera tiré au sort par chaque candidat au début du concours.

     Lancé en 2001 aux États-Unis par Mark Ruppert, un professeur de sciences politiques, le concept s'est imposé dans beaucoup d'autres pays et aujourd'hui, ce sont plus de 150 villes du monde entier qui participent à l'événement. Paris, Lyon, Montpellier, Dijon, Tours, Toulouse, Nancy et Clermont-Ferrand se chargent de représenter la France dans le challenge.

     Un jury composé de professionnels ainsi que du public décerne différents prix à la fin de la compétition, dont le Prix du meilleur film qui peut ouvrir les portes du concours international. Les 10 meilleurs films internationaux sont même projetés au Festival de Cannes. C'est donc un bel enjeu pour ceux qui osent tenter leur chance. Le 48 Hours Film Project de Montpellier s'étant achevé ce week-end, j'ai interviewé pour l'occasion l'écrivain et scénariste Thomas Andreux, qui a participé en tant que scénariste:

 

Question : Tout d'abord, merci d'avoir accepté cette interview. Parle-nous des 48 Hours : peux-tu nous présenter un peu l’événement ?

 

Réponse : Le 48 Hours Film project est d'origine américaine. On te donne un genre imposé de film avec un personnage imposé, une ligne de dialogue imposée. Avec cette base, tu as du vendredi soir à 19h au dimanche 19h30 pour écrire le scénario et réaliser ton film. En France, Montpellier, Paris et Lyon participent notamment. Beaucoup d'autres villes internationales participent également, au point qu'une fois par semaine, il y a un 48 heures à l'étranger ! À Montpellier, l’événement est pris en charge par Marny Prog. Chaque équipe tire deux sujets à la fois et en choisit un. Pour Montpellier, les films seront diffusés en novembre au Gaumont Multiplex.

 

Q : Depuis combien de temps participes-tu aux 48 heures ?

 

R : C'est la deuxième année que je participe.

 

Q : Comment s'organise-t-on pour participer et qui participe ?

 

R : Tout le monde. Des amateurs qui font ça pour se marrer, des boîtes de production professionnelles ou jeunes, et des étudiants en cinéma. L'équipe "Les Parasites", qui tient une chaîne YouTube, est parmi les meilleures et gagne assez souvent.

 

Q : Que deviennent les films qui sont sélectionnés ?

 

R : Au niveau visibilité, ça reste modeste mais c'est assez connu. Les films finissent le plus souvent sur internet.

 

Q : Ton travail sur les 48 Hours ?

 

R : Je suis scénariste. Cette année, j'étais tout seul sur l'écriture. Dès que j'ai les clauses imposées, je rentre écrire tout de suite, mon coloc réalisateur reste sur place pour monter l'équipe. Je lui montre ensuite le déroulé du scénario, afin que nous puissions dormir à minuit. Si le scénario est fini à minuit, les réalisateurs s'occupent du montage.

 

Q : Tu as eu quel sujet cette année ?

 

R: On a eu le sujet "Fish out of water" (NB : c'est à la fois un genre et un sujet) : le genre est étrange. Tu es censé avoir un personnage qui n'est pas dans son élément naturel et écrire ce qui lui arrive. Exemple type: rat des villes, rats des champs. C'est un genre que j'aime bien, c'est la deuxième fois que je tombe dessus et j'ai encore trouvé des trucs à dire.

 

Q : Quels genres y'a-t-il ?

 

R : Il y a du "Fish out of water", en passant par le fantastique, la science-fiction, la comédie, le western, film de famille...

 

Q : Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?

 

R : Je me suis égaré en faisant un scénario trop long. En fait, le pire ce sont les dialogues. C’est un vrai défi au niveau du timer. Le minutage à la page ne peut pas être super précis à cause des dialogues qui prennent plus ou moins de temps selon les pauses et le jeu d'acteurs lors du tournage. Une page doit théoriquement correspondre à une minute de film. Le souci de mise en page du scénario, c'est que le dialogue ne va pas être mis en page de la même façon que les indications de scène etc. Cette année, j'ai fait un scénario de huit pages, ce qui représente sept minutes de film, et l'an dernier, pour quatre minutes de film, j’ai écrit six pages. Le court-métrage doit faire quatre minutes minimum et sept minutes maximum, générique non compris. Je le dis tout de suite, ce qu'on a fait, on va le retravailler (sourire). L'an dernier, je trouvais que mon scénario n’avait pas une structure cohérente, contrairement à cette année où tout est cohérent et où la ligne dramatique se met bien en place. Le truc, c'est qu'on a dû couper dedans et je ne suis pas sûr d'avoir fait une structure équilibrée. Les ingénieurs-son n'ont souvent pas la possibilité de bien faire, vu qu'ils passent en dernier et qu'ils sont vraiment dans la précipitation, du coup, tu as souvent un son exécrable et le public risque de se dire: “Mais c'est quoi ce film...?".

 

Q : Et le plus facile ?

 

R : La communication avec le réalisateur, je bosse avec lui depuis presque trois ans. On n'a pas à discuter beaucoup, je propose des trucs, il valide ou non. Ça a pris dix minutes pour que je sache quoi écrire. La communication est rapide, on ne perd plus de temps. Le scénario fait neuf pages, je l'ai écrit en trois heures. Après, j'ai beaucoup d'entraînement sur l'écriture rapide, ce qui aide.

 

Q : Qu'entends-tu par "écriture rapide" ? Est-ce une technique ?

 

R : Ce n'est pas une technique à proprement parler, mais plutôt un style. Je suis quelqu'un qui aime l'écriture très directe. Ça donne une meilleure continuité à l’œuvre et une meilleure cohérence : tu n'as pas de rééquilibrage à faire. C'est donc comme ça que j'aime écrire mais je ne sais pas si ça va bien à tout le monde. Il faut être bon dactylographe. Il faut aussi déjà avoir de l'expérience, des idées de scénarios pré-conçus si possible, savoir quoi mettre en place, etc. Après, pour le scénario de cette année, je n'avais rien de pré-conçu, mais j'avais déjà des idées que j'ai ré-adaptées. En fait, l'écriture rapide a énormément à voir avec l'improvisation. Tu te rappelles de choses que tu as déjà faites et tu les refais. Par exemple, l'an dernier, le scénario était l'histoire d'une femme qui passe un entretien d'embauche et se rend compte qu'il se passe des choses étranges dans la boîte, comme des fantômes qui apparaissent. L'inspiration pour cette histoire m'est venue en voyant des blagues faites dans les bureaux : un homme dans un ascenseur voit une femme déguisée en fantôme japonais. Dans mon scénario, la fille qui passe l'entretien d'embauche se rend compte que le DRH voit des fantômes. J'ai adoré écrire la scène où un tiroir s'ouvre et où il s'acharne à le refermer en disant : "N'y faites pas attention, ce n'est rien !"

 

Q : Qu'est-ce que ça t'a apporté de participer ?

 

R : Un autre exercice d'écriture, ce qui est très bien. En plus, en temps normal, tu n'as pas la pression du défi. Alors que là, tu dois écrire vite, c'est très stimulant et en même temps très dur mentalement, car après tu te sens vide, tu n'as plus rien dans la tête. Quand tu as du temps, et que tu peux faire tout ce qui est recherche, travail préparatoire, parler à des gens, tu peux sortir un scénario facilement, en étant détendu. Alors qu'en quarante-huit heures, tu n'as rien de tout ça, tu as trois heures et le stress : il faut impérativement finir, tu es vraiment sous tension et moi ça me plaît. Si tu travailles toujours dans les mêmes conditions, tu fais toujours la même chose, alors qu'avec les 48 Hours, tu peux tenter des choses et en créer de nouvelles. Moi qui n'aime pas écrire des histoires d'amour, cette année, j'ai réussi à faire quelque chose de romantique ! Et par la suite du coup, tu peux te dire une fois devant ton clavier, de retour à la normale : "J'ai réussi à faire ça aux 48 heures, comment pourrais-je le refaire ?" et tu apprends des choses. Ce qui est cool aussi avec les 48 Hours, c’est que lorsque tu commences un scénario le vendredi soir, le lendemain tu as un film fini. Ça offre une notion d’immédiateté dans un art censé être un art de la longueur. Cette notion d'immédiateté est vraiment sympa. Et on a la convivialité. Cette année, on était trente-et-une équipes. À Montpellier, cette compétition est assez bon enfant, au moment du rendu, tu rends ton œuvre, tu regardes les autres rendre, tu es dehors avec les gens, tu discutes avec eux… C'est fédérateur, c'est de la compétition saine, et moi j'aime bien.

 

Q : Un petit mot pour conclure ?

 

R : Je ne peux parler que pour mon pôle écriture : c'est une expérience que je conseille à tous les scénaristes qui veulent s'exercer car c'est un excellent moyen de travailler ton écriture. De ce point de vue, à moins d'avoir l'ordinateur cassé ou le bras blessé, on ne peut pas faire plus difficile. Vue que la situation de base n'est pas facile avec ce délai si court, si on arrive à taper un scénario dans les quarante-huit heures, on ne sait pas forcément si on est un bon scénariste, mais on sait par exemple que l’on peut respecter de courts délais. Le défi casse le train-train quotidien, pendant le concours, c’est un autre rythme…

 

Harmony Josse Master 1 Métiers du livre et de l'édition

Vous êtes ici : Accueil Vie Culturelle Projet reportage culturel Articles 2016/2017 Interview de Thomas Andreux, scénariste au 48 Hours Film Project de Montpellier