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Live Report : Jacques au Rockstore

     Plateau 100 % hexagonal. Le 18 novembre dernier, Jacques et Superpoze étaient invités au Rockstore pour une soirée électro jouissive. Entre expérimentations pop et techno contemplative, les deux jeunes compositeurs ont livré, chacun à leur manière, leurs visions de la nuit. Focus sur le live de Jacques.

     Les présentations s'imposent, d'abord. Repéré en 2015, Jacques Auberger (pour son état civil, fils du parolier Étienne Auberger) sillonne depuis quelques mois les salles et les squats pour présenter son premier EP Tout est magnifique (Pain Surprise Records), disque-manifeste d'une techno joueuse, à rebrousse-poil de la critique souvent faite à l'égard de la musique électronique ; celle de se noyer dans de denses nappes désincarnées, oubliant par là la chair et l'humanité.

     Il est vingt heures au Rockstore. Si nous nous attendions à voir arriver du monde pour Jacques, nous étions toutefois loin d'imaginer une telle audience pour le jeune strasbourgeois, mi-producteur d'une techno qu'il nomme lui-même « transversale », mi-gourou.

     Mais la chair est bien là. Les spectateurs-adeptes, visiblement conquis par la bizarrerie hédoniste du projet, se sont pressés en masse dans la petite salle du Rockstore, pour entendre celui qui fait aujourd'hui sensation dans le paysage électronique français.

     Le jeune compositeur de vingt-quatre ans, qui a fondé des lieux de fête alternatifs entre Paris et Saint-Ouen, est venu proposer en live son disque fait de bricolages et de boucles zinzins. Si l'emballage ésotérique – propre à toute une génération d'artistes qui lorgne vers l'orientalisme – semble marketer, la musique de Jacques, elle, ne l'est pas : elle laisse justement au hasard toute sa place. En live, le compositeur déploie une techno faite de bric et de broc, utilise tout un tas d'objets du quotidien (tôles, perceuse, etc.) – au premier abord, anartistiques – qu'il transforme en instruments pour enrayer la mécanique de ses machines.

     Venu pour ouvrir la soirée, le jeune compositeur – hautement reconnaissable par sa coiffe à l'allure monacale – est aussi hautement recommandé. Simplement parce que le strasbourgeois replace la musique électronique là où elle doit être : du côté de la liberté et de l'expérience live, non loin des conditions d'émergence du genre dans les années 1990. Et à l'heure du DJ set à tous crins, Jacques fait du bien.

Jacques, Tout est magnifique, Pain Surprises Records, 2015.

 

Christophe Joucaviel

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